mardi 26 octobre 2010

Médecine par internet : L’Arlésienne

Un décret paru au Journal Officiel reconnaît enfin légalement la télémédecine. Il en donne également une définition précise. C’est ainsi un ensemble d’actes médicaux, réalisés à distance, au moyen d'un dispositif utilisant les technologies de l'information et de la communication.

C’est une très bonne chose pour la consultation, l’expertise, la surveillance et l’assistance à distance du malade. Et de l’avis de beaucoup, ce sera notamment un moyen d’apporter une médecine efficace dans des zones d’habitation où la pénurie de médecins se fait parfois ressentir.

Et là, je me gausse. J’aime cette idée de l’aide ou du diagnostic apporté au patient à distance. Elle est moderne. Mais cela fait 20 ans qu’elle est moderne. Et 20 ans que l’on entend dire que, bientôt, on pourra apporter des solutions aux malades par internet, par caméra, par téléphone, etc. Et de nous montrer régulièrement l’exemple de quelques voisins européens qui, eux, implémentent cette solution plutôt que de la promettre depuis des lustres. Mais en France, jamais.

Si la technologie permet aujourd’hui d’exercer cette télémédecine, théoriquement, il y a pourtant 3 points bloquants qui freinent le déploiement d’une telle pratique.

1. Il y a tout d’abord la profession médicale. Eh oui, il reste encore dans ce pays une frange de médecins hermétiques à toute technologie, qui ne veut surtout pas s’équiper d’ordinateurs, qui refuse encore de prendre la carte vitale, et qui en plus a la suffisance de croire que son omniscience la dispense de tels outils.

2. Là où les généralistes et les hôpitaux se font plus rares, la densité de population est elle aussi plus légère. On parle ici de zones rurales, avec souvent une population vieillissante. Et cela pose deux soucis. Premièrement, les infrastructures techniques suivent une logique économique. De fait, l’internet haut débit n’est pas une réalité et peut ne jamais le devenir. Point de câble, tout au plus un accès ADSL à moins d’1 Mbps qui ne permettra pas d’établir, par exemple, des connexions audio ou vidéo de qualité. Deuxièmement, l’utilisation de l’outil informatique par une population vieillissante n’est généralement pas chose facile. Cumulez ces deux problèmes et vous obtiendrez un handicap insurmontable à la télémédecine, quels que soient les moyens mis en œuvre.

3. La confidentialité de l’information médicale, alliée au coût qu’une médecine de qualité représente, nécessitent une sécurisation des données et des transactions, une authentification du patient, ainsi qu’un stockage synchronisé des dossiers (tant chez le patient, que chez les médecins, les organismes de sécurité sociale, les mutuelles ou les pharmacies). Alors, effectivement, la Carte Vitale peut représenter un de ces « jetons » de sécurité. Du moins, dans sa version 2 que l’on nous promet depuis des années, mais qu’aucun organisme gouvernemental englué dans ses trous de sécu et ses aléas politiques a toujours repoussé. Déjà qu’il avait fallu attendre une décennie avant que la Carte Vitale dans sa version 1 soit réellement utilisée ! Et puis, non seulement il faudrait créer l’infrastructure et les standards de cette carte, mais il faudrait aussi accepter d’être dépendant d’une l’industrie privée pour l’implémentation, le déploiement, la maintenance des systèmes, ce qu’un état préfère éviter autant que possible afin d’occuper ses fonctionnaires techniques et de garantir sa pseudo-souveraineté. Et enfin, il faudrait que chaque internaute ait également le lecteur de carte adapté, avec des surcoûts et des difficultés d’utilisation inéluctables.

Je vais donc attendre encore quelques années, ou dizaines d’années, pour voir enfin une vraie télémédecine adaptée. Et en attendant, je vais continuer à glander dans des salles d’attente avec des Paris Match périmés de 6 mois et aux pages grasses, de regarder mon toubib m’écrire sa feuille de soin avec son Mont-Blanc, et d’attendre que des charlots de la CPAM me perdent ce foutu papier. En attendant, je continuerai à mettre ma carte Vitale à jour via des bornes équipées de Minitel.

À moins que je n’aille vivre dans un pays moderne, en Suède par exemple.

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